Les Editions du Fioupélan présentent: Jean-Marc Valladier Le Parler gras, glossaire marseillais iconoclaste Enluminé par Peb & Fox
Extraits - Lettre C: Cabanon
: Résidence
secondaire sans confort près des calanques, haut lieu de consommation
de liqueurs anisées et de siestes crapuleuses. Un simple cafoutchi peut
servir de cabanon, pourvu qu'il soit bien situé. Cabestron , cageot , boucan , cabinet , chagasse : expressions réservées à la description peu flatteuse d'une cagole. Cacou
, cake : Nombreux sont les sociologues foireux et autres entomologistes
de salon qui ont dévidé des kilomètres de glose ampoulée,
de galimatias amphigouriques et autres spéculations spécieuses
sur ce merveilleux emblème local. Si l'on pouvait circonscrire en une
seule phrase l'univers superlatif et bigarré de cet étalon archétypal
du mâle marseillais, on pourrait simplement dire que c'est un genre de
mia qui fait un peu le bouffon. Cafi , clafi : farci, garni, rempli, à bloc : les chiens-bordilles sont le plus souvent cafis de langastes, mais ça, tout le monde le sait. Cafoutche , cafoutchi : Débarras exigu dans lequel on peut planter le bronx à l'aise. C'est pas grave tant que la porte est bien fermée. Cagagne : Il peut être de bon ton de glisser négligemment dans les dîners mondains que la cagagne est souvent le résultat d'une hypersécrétion du rectosigmoïde réactionnelle à la stase fécale, surtout au moment du dessert. N'en abusez pas trop quand même. La cagarelle en est sa variante primesautière plus festive. Cagole : . Max Pennachiotti: "La Cagole à l'Enfant", Fin XVIIème, Pinacothèque des Aygalades. Avec l'aimable autorisation de Léonard de Vinci. Hétaïre du trivial maintes fois mythifiée, quintessence d'un stéréotype qui confine au sublime, disséquée, glorifiée, célébrée à l'envie par les chantres de l'ethnologie locale, icône d'une féminité idéalisée aux quatre coins de la Galaxie mais jalousée par ses ersatz, magnifiée pour les esthètes par ses talons compensés, son rouge à lèvres bon marché et son chewing-gum baveux, la cagole et ses avatars, voire ses isomorphes sémantiques que sont la cagoline , la cagolette et la cagolasse , reste et restera pour l'éternité la pierre angulaire, l'alpha et l'oméga de l'univers fantasmatique du mâle marseillais en rut, la seule qui pourra étancher de sa seule présence son inextinguible soif d'absolu. Rideau. Calu
: Les calus sont un peu fadolis. Il faut les pardonner. "
Bienheureux les calus et les fadolis, car le Royaume des Cieux leur est ouvert
" (Evangile selon Mèhu, XV,II) Cambalé : Embarqué en vitesse pour des cieux moins cléments. "Pour quelques malheureux milliards, moins cinq je me faisais cambaler par les condés ! Heureusement que je connais du monde ! " (Bernard T., homme d'affaires des années 80 pour l'instant à la retraite). Camphrer : On se fait camphrer
quand y a fracassade. On a plus de risques de se faire camphrer quand on est
une bouche. C'est normal. Il faut pas énerver les gens. Cané : Indicible état d'épuisement qui chope à la gorge nombre de locaux dès la première heure de boulot. Sans déconner : pour lutter contre l'absentéisme galopant dans les administrations à Marseille, un sieston à l'heure et à la demie devrait être intégré d'office dans le paramétrage des postes de travail. ( Allez, c'est bon, on va se faire encore des amis ) Canon : Le canon (ou bloc, ou bombasse), est le strict antinomique du cageot. Voir tromblon et ses équivalents. Cannette ,
cannillon , palangrotte : les outils de travail du hardi pescadou . Arrivent sur sa liste juste après
la bouteille de Cassis bien frais. Caraque : dénomination locale permettant de mettre dans le même sac tous
les individus un tant soit peu basanés au look de voleur de poules qui
s'enferment à vingt-cinq dans une caravane pour jouer djobi-djoba à
fond la caisse sur de vieilles grattes exténuées. Castapiane : Pour les totis et autres tchoutchous du Marseillais Littéraire, la castapiane, maladie tellement honteuse qu'elle ne figure sur aucune revue scientifique parisienne, peut s'apparenter ici à une forme mutante locale de la blennorragie, en pire. Chaler : Cambaler quelqu'un à l'arrière de son vélo, de son Peugeot 103, de sa Malaguti ou de son Ciao (ça existe encore ?) . Du provençal chala, jouir d'un beau panorama. Chanu : Qualifie un truc trop dégaine, trop en place, vraiment en question. Que dire de plus ? Chaple : Foutoir d'origine indéterminée, ce terme évoque un grand boxon saupoudré ici et là d'un zeste chaos. C'est en quelque sorte une espèce de ouaille en plus hard. Le cousin naturel du chaple est le pàti. Chez nos amis scientifiques, le chaple primordial se dénomme Entropie, fruit de la subtile et éternelle dualité de la nécessité et du hasard. Sachant que l'entropie = - (p0 log p0 + p1 log p1), on peut affirmer sans hésitation que la complexité d'un système donné est directement proportionnelle au degré de détails que ce système montre à des échelles de plus en plus petites. Autrement dit, il est impossible de refaire des ufs avec une omelette Se référer aux travaux d'Ilya Prigogine (Contribution à la chimie des processus irréversibles des structures dissipatives), prix Nobel de Chimie 1977. Charclade : Un peu comme la filade, c'est une saine explication virile dont on ressort le plus souvent assez fracassé (d'aucuns diraient cafi de dufis.) Chasper : Du Provençal chaspa, palper, peloter. Avis aux débutants : quand on fure, sachez qu'il est de bon ton d'agrémenter le tableau d'un soupçon de chaspade.
Chèchou : Sorte de bada amélioré.
De moins en moins usité, ce terme venant du provençal donne dans
le sens de rallonge, additif, supplément, surcroît, adjonction,
surplus, excédent, pléthore, et le reste. Chichibelli : Non, ça n'est pas quand on a le chichi qui sort du pantalon. Le chichibelli se trouve habituellement chez le mec mal embraillé, et c'est le bout de chemise qui dépasse. Chichi-frégi
: Le must gastronomique
de l'Estaque, beignet bien huileux de conformation évocatrice, réservoir
inépuisable de fantasmes oraux inavoués. Consacré dans
certaines sphères comme le symbole eucharistique d'une nouvelle ère
spirituelle par le paradigme de la transsubstantiation appliqué aux beignets
sucrés, comme indiqué dans certaines traductions apocryphes de
l'épître de Saint Paul aux Corinthiens (11.23-24). En poussant
plus loin, il n'est pas déraisonnable de penser que le concept même
de chichi-frégi participe de la tension paradoxale existant entre singularité
de l'Universel et modalité de l'Universel sans concept.
Chien des quais : Le chien des quais de base peut occasionnellement se comporter comme un tchapacan. Chouner : Faire le couillesti dans les vagues quand on est minot (ou plus minot, d'ailleurs),
comme le dépeint Fortuné Cadet, barde phocéen des années
trente dans " Etre marseillais " :
Fortuné Cadet, sa moustache qui frise et sa cravate à raies. (Portrait arbitraire et non conforme). Coucarin : " Quelque chose ", avec une notion de grosse quantité. "
Fatche de, on leur a carré coucarin dans la tronche au PSG, hier soir
! "
Enfin une phrase qui redonne un sens à la vie ! Croille : Du
provençal cròio qui désigne l'arrogance, la morgue, l'effronterie
de celui (ou celle) qui s'en croit. " Non, mais t'as vu la croille qu'elle
se paye cette radasse depuis qu'elle sort avec le voisin de palier du coiffeur
du cousin de Michèle Torr ? Tu crois pas que non ? Elle me calcule même
plus !". Comme quoi suffit de pas grand-chose à certains pour se
la jouer à fond. Tant mieux pour eux.
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