Les Editions du Fioupélan présentent: Jean-Marc Valladier Le Parler gras, glossaire marseillais iconoclaste Enluminé par Peb & Fox
Extraits - Lettre B: Baccala : Gisclet, fifi, mistoulinet, esquinade, ratepenade, gringalet, demi-portion, freluquet efflanqué, bref, hominidé très famélique, mais pas autant qu'un stoquefiche. A la rigueur, un stoquefiche obèse (non content de représenter un savoureux oxymoron), a toutes les chances de se faire passer pour un baccala. Rassurez-vous, la supercherie ne risque pas d'échapper à un il averti. Bada : Une sorte de rab' qu'on rajoute au moment de vous plier la
marchandise dans du papier journal. Mot employé surtout chez les marchandes
de panisses aux mains grasses. Très rarement chez Van Cleef et Arpels.
Balarguer : On balargue souvent à
la rasbaille, mais des fois non. " Je balargue mes bordilles par le balcon,
ça fait un sujet de conversation pour les voisins du dessous " (Jean
d'Ormesson, Mémoires d'un tchapacan Tome 2). Barjaquer : C'est comme déparler, mais pas vraiment. Illustration dans la définition précédente. Bati-bati : Ce terme médical, pourtant suggestif au possible, n'a pas trouvé sa place dans les manuels officiels de cardiologie. On lui a préféré " tachycardie ", qui, convenons-en, est nettement moins chantant. C'est bien dommage. Bazarette : Du provençal basaruta, " jacasser ". Par rapport à barjaquer, c'est le concept de prolixité qui est ici prépondérant. Indiquer qu'une bazarette est atteinte de logorrhée profuse constitue en soi une redondance facile. Bendeù : Le bendeù reste une base dans l'art de la filade. Il faut savoir qu'un bendeù correctement appliqué par un maître troisième dan peut vous ensuquer pour la journée, avec en prime une gibe commack.
Bézef : Pas bésef (ou bézef). Dérivé de l'arabe " bezzaf " qui veut dire beaucoup. De toute façon, " Il jouait du piano debout, et pour lui ça veut dire bézef ", ça sonnait pas terrible, ils l'ont pas gardé. Biberine : Poudre blanche consommée autrefois dans les cours d'école. Celle-là au moins était sans danger. Selon les statistiques préfectorales, les cas de décès par overdose de biberine sont Dieu merci assez rares. La biberine est utilisée dans une expression traduisant un état de décompensation psychomotrice tendant vers une déliquescence dégénérative plus ou moins avancée et autres symptômes à la con : " Partir en biberine ". Bicouli : Selon les hagiographes de notre beau parler, bicouli ne serait en fait rien d'autre qu' un affectueux dérivé de quiquounette. On veut bien les croire (voir quiquounette). Biscanti : De guingois, obliquement de traviole, storti. Voir goï. Blond : " Ho blond ! " Interpellation familière d'un collègue, même s'il est brun, voire chauve. Encore un paradoxe de notre beau parler. Plus personnalisé : " Ho Bicou ! ", " Ho Loule ! " ", " Ho Zè ! ", " Ho Jean-Gontrand ! " (plus rare). Bogue (Boops boops, famille de Sparidés) : " Qui s'endort dans l'huile bouillante avec des yeux de bogue risque de se réveiller avec des yeux de merlan frit. " (Proverbe ophtalmo local.) N.B: 1- Que l'on ait les yeux bordés d'anchois ou pas ne change rien au problème. Bois : (Dans la locution " en bois "). " Mais qu'est ce qu'y fout ce gardien en bois ? " " Qu'est-ce que c'est encore ce plan en bois ? " Attention, un plan en bois n'a rien à voir avec une planche bien plane. Un plan en bois est plutôt un engambi à la con. Bòmi : " Ça me file le bòmi ", ou " Ça me dénature mes ressources psychiques jusqu'à un état paroxystique d'aphasie cérébro-motrice " . Ça dépend si vous parlez le français ou le marseillais. Bon : Cet adjectif est employé dans des tournures différentes de celles de nos amis les gens du Nord. " Oh putain, on leur a mis trois à zéro aux parisiens, trop bon, fada ! Bordille : Ce terme évoquant un assortiment bigarré d'immondices est employé à profusion dans la conversation courante : " Non mais, t'y as vu ce connot, la bordille que c'est ?… - Ho, et toi, non ? Ho, petite bordille, tu t'es regardé ? "… etc. Boucan : Quantité significative de décibels livrés en pâture à nos tympans ébaubis. A noter un deuxième sens, corrélatif à une personne de la gent féminine possédant peu d'attraits susceptibles d'attirer la convoitise du maffre moyen : " Ho Zé ! T'y étais toi, au Barbarella hier soir ? Non, mais t'y as pas vu le boucan qu'y s'est encapé Mèhu ? Rien qu'à y penser, j'ai le vòmi qui me monte ! ". Bouche , tchougade , trompette , mytho , fifre , pipeau , cafalot , ronflant , pagalenti : Se dit classiquement d'une roulade qui nifle son monde en faisant fatuitement étalage de son immodestie à rallonge : " Eh qué, mais qu'esstu racontes, cinéma ! Tu vois pas que t'y es plein de bouche ? " Non, Jean d'Ormesson n'est pas une bouche, c'est un fin lettré. Mauvais exemple. Boufigue : Attention, ne surtout pas confondre la boufigue avec une simple gibe. Ne perdons pas de vue que la boufigue est une enflure pathologique des couches sous-cutanées, accompagnée fréquemment de dilatation des séreuses sous-jacentes. Bouger : Voler, chaparder, escaner, taxer, roustir, les termes ne manquent pas. " Mieux vaut bouger une béhème série cinq turbo injection qu'une boîte de haricots verts. Au moins, si tu te fais aguinter, ça sera pas pour rien " Maxime bien connue. En plus, essayez donc de convaincre une cagole d'aller faire un tour de Corniche en boîte de haricots verts, même décapotable, vous allez voir comment vous allez vous faire recevoir. Bougnette: Du provençal bougneto, beignet. Par extension, tâche provoquée par un corps gras. Sachez que si votre fantasme le plus cher est de marquer mal en moins de deux dans une réunion de comité de direction, il vous suffit d'un chichi-frégi bien huileux et d'un minimum de savoir-faire pour bien vous embarnisser chemise, cravate et costard. Si vous êtes viré, vous pourrez toujours vous consoler en allant poser pour la pub d' " Ariel spécial tâches résistantes . " Brailles : Du provençal braio, venant lui-même des braies gauloises, ancêtres du pantalon. Le marque-mal qui a un chichibelli doit s'embrailler de toute urgence, surtout s'il est cafi de bougnettes. Le fait d'être un cague-brailles ne risque pas d'arranger son cas. (Si vous attaquez la lecture du bouquin par cette définition, sachez qu'il est normal d'être quelque peu décontenancé.) Brancàci , brancaï : L'équivalent français serait "bras-cassés". Le brancaï fait tout de biscanti, casse tout ce qui passe à sa portée, on peut dire sans exagérer qu'il a une main de pàti qui lui pend au bout de chaque bras. Brouméger : En dialecte pescadou, c'est quand on balance des appâts dans l'eau pour attirer le poisson. En dialecte cake, c'est se comporter comme une vraie bouche, sortir de que des trucs pipeau à ses compagnons de fly.
Bronx : Une sorte de ouaï en pire, presque aussi bordélique qu'un chaple. Se reporter à cet effet aux récents numéros de Voici traitant de l'approche copernicienne de l'Entropie et de ses conséquences sur les différents niveaux de perception intime du réel. Le parler gras
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Le parler gras
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